"L'enigme des Blancs-Manteaux" - читать интересную книгу автора (Parot Jean-François)III DISPARITIONSL’entr#233;e dans Paris ramena Nicolas sur terre comme un r#233;veil brutal. Il #233;mergeait apr#232;s un long engourdissement. La nuit #233;tait tomb#233;e depuis longtemps quand la malle arriva #224; la poste centrale, place du Chevalier-au-Guet. Sa voiture avait pris du retard en raison des chemins d#233;tremp#233;s et, par endroits, inond#233;s. Il retrouva un Paris qu’il ne reconnaissait pas. En d#233;pit du froid et de l’heure avanc#233;e, un vent de folie soufflait sur les quartiers. Il fut #224; l’instant envelopp#233;, bouscul#233;, #233;touff#233; et tourment#233; par des bandes hurlantes dont les membres, masqu#233;s et ricanants, gesticulaient et se d#233;pensaient en mille folies. Un convoi en soutanes, surplis et bonnets carr#233;s figurait la pompe fun#232;bre d’un mannequin de paille. Un mis#233;rable v#234;tu en pr#234;tre et portant une #233;tole contrefaisait un officiant. Le tout #233;tait environn#233; de filles travesties en religieuses qui simulaient des femmes grosses, pleurant et se lamentant. Tout ce cort#232;ge marchait #224; la lueur de flambeaux et b#233;nissait le public avec un pied de porc tremp#233; dans de l’eau sale. Chacun semblait pris de fr#233;n#233;sie et les femmes #233;taient de loin les plus audacieuses. Une fille masqu#233;e se jeta sur Nicolas, l’embrassa, lui murmura #224; l’oreille : « Tu es triste comme la mort » et elle lui tendit le masque grima#231;ant d’un squelette. Il se d#233;gagea vivement et s’#233;loigna sous un chapelet d’injures. Le carnaval avait commenc#233;. Du d#233;but de l’ann#233;e au mercredi des Cendres, les nuits seraient #224; la merci d’une jeunesse d#233;cha#238;n#233;e se m#233;langeant #224; la canaille. Peu avant No#235;l, M. de Sartine avait r#233;uni tous les commissaires des quartiers, et Nicolas, #224; l’#233;cart, avait assist#233; #224; ce conseil de guerre. #201;chaud#233; par les scandaleux exc#232;s qui avaient marqu#233; le carnaval de 1760, le premier de son mandat, le lieutenant g#233;n#233;ral de police ne souhaitait pas que se renouvelassent des d#233;bordements dont le roi lui-m#234;me s’#233;tait inqui#233;t#233;. Les amendes et les arrestations ne suffisaient plus. Il #233;tait n#233;cessaire de tout pr#233;voir et de tout ma#238;triser ; la machine polici#232;re devait mettre en marche ses plus infimes rouages. Confront#233; aux r#233;alit#233;s de la nuit, Nicolas comprit mieux les propos de M. de Sartine. Tout au long de son chemin, la licence r#233;gnait sans partage sur la ville. Il regretta vite de ne pas s’#234;tre masqu#233; comme la fille lui avait conseill#233; de le faire. Il serait pass#233; inaper#231;u en prenant ainsi la livr#233;e de l’autre camp et n’aurait pas eu maille #224; partir avec des bandes d#233;cha#238;n#233;es, qui cassaient les vitres, #233;teignaient les lanternes et se livraient #224; toutes sortes de dangereuses fac#233;ties. Ce sont de vraies saturnales, pensait Nicolas en constatant que tout #233;tait #224; l’envers. La prostitution, qui d’ordinaire, se cantonnait #224; quelques lieux r#233;serv#233;s, offrait ses divers visages en toute impunit#233;. La nuit devenait le jour, avec ses hu#233;es, ses chansons, ses masques, ses musiques, ses intrigues et ses invites. Le quartier Saint-Avoye, o#249; se situait la rue des Blancs-Manteaux, paraissait plus calme. Nicolas fut #233;tonn#233; de voir le logis des Lardin largement #233;clair#233;, car le commissaire et sa femme recevaient peu, et jamais le soir. La porte n’#233;tant pas ferm#233;e au verrou, il n’eut pas #224; utiliser sa cl#233; particuli#232;re. Venant de la biblioth#232;que, les #233;chos d’une conversation anim#233;e lui parvinrent. La porte #233;tait ouverte, il entra. Mme Lardin lui tournait le dos. Elle se tenait debout et parlait avec v#233;h#233;mence #224; un homme en manteau, petit et corpulent, que Nicolas reconnut comme #233;tant M. Bourdeau, l’un des inspecteurs au Ch#226;telet. — Ne pas m’inqui#233;ter ! Mais enfin, monsieur, je vous dis et vous r#233;p#232;te que je n’ai pas vu mon mari depuis vendredi matin. Il n’est pas rentr#233; depuis... Nous devions souper hier chez mon cousin le docteur Descart, #224; Vaugirard. Passe encore que son service l’ait retenu toute une nuit : j’ai le malheur d’#234;tre l’#233;pouse d’un homme dont j’ignore toujours l’emploi qu’il fait de son temps. Mais trois jours et bient#244;t trois nuits sans nouvelles, cela me passe... Elle s’assit et se tamponna les yeux avec un mouchoir. — Il lui est arriv#233; quelque chose ! Je le sais, je le sens. Que dois-je faire, monsieur ? Je suis au d#233;sespoir ! — Madame, je crois pouvoir vous dire que M. Lardin avait mission de d#233;couvrir une banque de jeu clandestin. C’est une affaire bien d#233;licate. Mais voil#224; M. Le Floch. Il pourra m’aider demain si votre mari, ce que je me refuse #224; croire, ne r#233;apparaissait pas. Louise Lardin se retourna, se leva en joignant les mains, et laissa tomber son mouchoir. Nicolas le ramassa. — Oh ! Nicolas, vous voil#224; ! Je suis bien aise de vous voir. Je suis si seule et d#233;sempar#233;e. Mon mari a disparu et... Vous m’aiderez, Nicolas ? — Madame, je suis votre serviteur. Mais je suis de l’avis de M. Bourdeau : le commissaire a sans doute #233;t#233; retenu par cette affaire que je crois conna#238;tre et dont les tenants sont en effet d#233;licats. Prenez du repos, madame, il est tard. — Merci, Nicolas. Comment se porte votre tuteur ? — Il est mort, madame. Je vous remercie de votre sollicitude. La mine apitoy#233;e, elle lui tendit la main. Il s’inclina. Louise Lardin sortit sans un regard pour l’inspecteur. — Vous savez calmer les femmes, Nicolas, commenta celui-ci. Mon compliment. Je suis d#233;sol#233; pour votre tuteur... — Je vous remercie. Quel est votre sentiment ? Le commissaire est homme d’habitudes. Il d#233;couche quelquefois, mais il pr#233;vient toujours. — D’habitudes... et de secret. Mais l’essentiel #233;tait de calmer pour ce soir les inqui#233;tudes de sa femme. Vous vous y #234;tes mieux entendu que moi ! Bourdeau consid#233;ra Nicolas en souriant, les yeux p#233;tillants d’une ironie bienveillante. Chez qui Nicolas avait-il remarqu#233; la m#234;me expression ? Peut-#234;tre chez Sartine qui, souvent, le regardait pareillement. Il rougit sans relever le propos. Les deux hommes devis#232;rent encore quelques instants et d#233;cid#232;rent d’aviser #224; l’aube. Bourdeau prit cong#233;. Nicolas allait gagner sa soupente quand Catherine, qui avait tout #233;cout#233; dans l’ombre, surgit. La large face camuse paraissait livide #224; la lumi#232;re du bougeoir. — Bauvre Nicolas, je te blains. Quel grand malheur ! Tu es seul, baintenant. Tout va mal, tu sais, ici auzi. Tr#232;s mal, tr#232;s mal. — Que veux-tu dire ? — Rien. Je sais ce que je sais. Je n’ai pas les oreilles sourdes. — Si tu sais quelque chose, il faut m’en parler. Tu n’as plus confiance en moi ? Tu veux ajouter encore #224; ma peine. Tu es sans c#339;ur. Nicolas regretta aussit#244;t sa mauvaise foi #224; l’#233;gard de la cuisini#232;re, qu’il aimait tendrement. — Moi, une sans-c#339;ur ! Nicolas ne beut pas dire cela. — Alors, parle, Catherine. Songe que je n’ai pas dormi depuis plusieurs jours. — Bas dormi ! Mais, mon betit, il ne faut pas. Voil#224;, il y a eu une grande querelle entre Bonsieur et Badame jeudi dernier au sujet de Bonsieur Descart, le cousin de Batame. Bonsieur l’accusait d’#234;tre coquette avec lui. — Avec ce d#233;vot hypocrite ? — Tout juste. Pensif, Nicolas rejoignit sa chambre. Tout en d#233;faisant son bagage, il r#233;fl#233;chissait aux propos de Catherine. Certes, il connaissait ma#238;tre Descart, le cousin de Louise Lardin. C’#233;tait un grand type efflanqu#233; qui faisait toujours penser Nicolas aux #233;chassiers des marais de Gu#233;rande. Il n’aimait pas son profil fuyant, encore accentu#233; par l’absence de menton et par un nez osseux et busqu#233;. Il se sentait mal #224; l’aise en sa pr#233;sence : avec son ton pr#233;dicant, sa manie des citations obscures tir#233;es des #201;critures et ses hochements de t#234;te entendus, le personnage l’aga#231;ait. Comment la belle Mme Lardin pouvait-elle s’en laisser conter par un Descart ? Il s’en voulut de ne pas s’inqui#233;ter davantage du sort de Lardin et, sur ce, il s’endormit. De bon matin, il quitta une maison assoupie o#249; seule Catherine, morose et silencieuse, rallumait son potager. De toute #233;vidence, le commissaire n’#233;tait pas rentr#233;. Nicolas gagna le Ch#226;telet par des rues que le d#233;sordre, comme une mar#233;e qui se retire, avait jonch#233;es des d#233;bris de la t#234;te. Il vit m#234;me, sous une porte coch#232;re, un pierrot au costume souill#233; qui ronflait au milieu des ordures. D#232;s son arriv#233;e, il prit le temps d’adresser deux billets, l’un au p#232;re Gr#233;goire et l’autre #224; son ami Pigneau pour les informer de la mort du chanoine et de son retour. Alors qu’il portait ses billets #224; la poste, le petit Savoyard habituel apparut avec un message de M. de Sartine lui demandant de venir, toutes affaires cessantes, le rejoindre rue Neuve-Saint-Augustin. Nicolas fut t#233;moin d’un curieux spectacle lorsqu’il p#233;n#233;tra dans le bureau du lieutenant g#233;n#233;ral de police. Assis dans un fauteuil, l’homme le plus grave de France paraissait plong#233; dans une m#233;ditation qui crispait son front. Il croisait et d#233;croisait sans cesse les jambes et hochait vigoureusement la t#234;te au grand d#233;sespoir d’un gar#231;on coiffeur qui tentait de disposer ses cheveux en boucles ordonn#233;es. Deux valets ouvraient des bo#238;tes oblongues et en sortaient, avec pr#233;caution, diff#233;rents types de perruques qu’ils essayaient, l’une apr#232;s l’autre, sur un mannequin, rev#234;tu d’une robe de chambre #233;carlate. Nul n’ignorait, dans Paris, que M. de Sartine avait une marotte : il collectionnait avec passion les perruques. Une manie aussi innocente pouvait #234;tre tol#233;r#233;e chez un homme #224; qui on n’attribuait aucune autre faiblesse. Mais ce matin-l#224;, il ne paraissait pas satisfait par la pr#233;sentation et grommelait dangereusement. Le gar#231;on coiffeur, apr#232;s lui avoir prot#233;g#233; le visage d’un #233;cran, lui poudrait la t#234;te d’abondance, et Nicolas ne put s’emp#234;cher de sourire au spectacle de son chef environn#233; d’un nuage blanch#226;tre. — Monsieur, je suis bien aise de vous voir, dit Sartine. Ce n’est pas trop t#244;t. Comment va le marquis ? Nicolas se garda de r#233;pondre, comme il #233;tait accoutum#233; de le faire. Mais, pour une fois, Sartine appuya sa question. — Comment va-t-il ? Il d#233;visageait intens#233;ment Nicolas. Le jeune homme se demanda si Sartine, toujours bien inform#233;, ne savait pas d#233;j#224; tout ce qui s’#233;tait pass#233; #224; Gu#233;rande. Il d#233;cida de rester dans le vague. — Bien, monsieur. — Laissez-nous, fit Sartine, cong#233;diant d’un geste les serviteurs qui l’entouraient. Il s’appuya contre son bureau, posture qui lui #233;tait famili#232;re et, exceptionnellement, invita Nicolas #224; s’asseoir. — Monsieur, commen#231;a-t-il, je vous observe depuis quinze mois et j’ai toute raison d’#234;tre satisfait de vous. N’en tirez aucune gloire, vous savez peu de chose. Mais vous #234;tes discret, r#233;fl#233;chi et exact, ce qui est essentiel dans notre m#233;tier. Je vais aller droit au but. Lardin a disparu. J’ignore ce qu’il en est exactement et j’ai quelques raisons de m’interroger. Je l’ai, vous le savez, commis, sous ma seule autorit#233;, #224; des affaires particuli#232;res desquelles il ne doit de rapport qu’#224; moi-m#234;me. Sur votre t#234;te, monsieur, conservez devers vous ce que je vous confie. Lardin, en tout cela, use d’une grande libert#233;. D’une trop grande libert#233;, peut-#234;tre. D’autre part, vous #234;tes trop observateur pour ne point avoir remarqu#233; que je m’interroge quelquefois sur sa fid#233;lit#233;, n’est-ce pas ? Nicolas opina prudemment. — Il est sur deux affaires, poursuivit Sartine, l’une particuli#232;rement d#233;licate, car elle engage la r#233;putation de mes gens. Berryer, mon pr#233;d#233;cesseur, m’a transmis le mistigri #224; son d#233;part des affaires. Je m’en serais bien pass#233;. Sachez, monsieur, que mon chef du D#233;partement des jeux, rouage essentiel de la police, le commissaire Camusot, est soup#231;onn#233;, depuis des ann#233;es, de prot#233;ger des officines clandestines. En tire-t-il profit ? Chacun sait que la fronti#232;re entre l’utilisation n#233;cessaire des mouchards et des compromissions condamnables est bien #233;troite. Camusot a une #226;me damn#233;e, un certain Mauval. Ce personnage est dangereux. M#233;fiez-vous-en. Il sert d’interm#233;diaire pour organiser des parties truqu#233;es avec des provocateurs. De l#224;, descentes de police et saisies. Et vous savez que les confiscations, suivant les ordonnances... Il fit un signe de t#232;te interrogateur. — Une partie des sommes confisqu#233;es revient aux officiers de police, dit Nicolas. — Voil#224; bien le bon #233;l#232;ve de M. de Noblecourt ! Compliments. Lardin travaillait #233;galement sur une autre affaire dont je ne peux vous parler. Qu’il vous suffise de le savoir et de vous souvenir qu’elle nous d#233;passe. Vous ne me paraissez pas, outre mesure, surpris de mes propos. Pourquoi dois-je vous parler ainsi ? Il ouvrit sa tabati#232;re, puis la referma s#232;chement, sans priser. — En fait, reprit-il, je suis entra#238;n#233; par la n#233;cessit#233; et dois avouer que, dans cette occurrence, il me faut sortir des sentiers battus. Voici une commission extraordinaire qui vous donnera tout pouvoir pour enqu#234;ter et requ#233;rir l’aide des autorit#233;s. Je pr#233;viendrai de cela le lieutenant criminel et le lieutenant du guet. Quant aux commissaires des quartiers, vous les connaissez d#233;j#224; tous. Prenez les formes, cependant, tout en restant ferme avec eux, sans rompre en visi#232;re. N’oubliez pas que vous me repr#233;sentez. #201;lucidez-moi ce myst#232;re, car il y a apparence qu’il en ait un. Mettez-vous #224; la t#226;che imm#233;diatement. Commencez par les rapports de nuit, qui sont souvent fort #233;loquents. Il faudra savoir les rapprocher, joindre les parties coh#233;rentes et tenter de faire coh#233;rer les parties disparates. Il tendit #224; Nicolas le document d#233;j#224; sign#233;. — Ce s#233;same, monsieur, vous ouvrira toutes les portes y compris celles des ge#244;les. N’en abusez pas. Avez-vous quelque demande #224; me soumettre ? D’une voix calme, Nicolas s’adressa au lieutenant g#233;n#233;ral. — Monsieur, j’ai deux requ#234;tes... — Deux ? Vous voil#224; bien hardi, soudain ! — Premi#232;rement, je souhaiterais pouvoir disposer de l’inspecteur Bourdeau pour me seconder dans ma t#226;che... — L’autorit#233; vous vient au grand galop. Mais j’approuve votre choix. Il est essentiel de savoir juger des hommes et des caract#232;res, et Bourdeau m’agr#233;e. Et encore ? — J’ai appris, monsieur, que les informations ne sont pas marchandises gratuites... — Vous avez parfaitement raison et j’aurais d#251; y songer avant vous. Sartine se dirigea vers l’angle de la pi#232;ce et ouvrit la porte d’une armoire-coffre. Il en sortit un rouleau de vingt louis qu’il tendit #224; Nicolas. — Vous me rendrez compte exactement et fid#232;lement de tout ce que vous entreprendrez et tiendrez les comptes de cet argent. S’il vient #224; manquer, demandez. Allez, il n’est que temps. Faites au mieux et retrouvez-moi Lardin. D#233;cid#233;ment, M. de Sartine surprendrait toujours Nicolas ! Il sortit de son cabinet tellement #233;mu que, si le poids du rouleau d’or n’avait pas autant tir#233; sur la poche de son habit, il se serait pinc#233; pour v#233;rifier que tout cela n’#233;tait pas un songe. La joie d’avoir #233;t#233; distingu#233; et charg#233; d’une mission importante le c#233;dait pourtant devant une sourde angoisse. Serait-il #224; la hauteur de la confiance mise en lui ? Il pressentait d#233;j#224; les obstacles qui ne manqueraient pas de s’accumuler sur sa route. Son #226;ge, son inexp#233;rience et les chausse-trapes que susciterait immanquablement une faveur aussi d#233;clar#233;e compliqueraient encore sa t#226;che. Et pourtant, il se sentit pr#234;t #224; affronter cette nouvelle #233;preuve. Il la comparait #224; celle des chevaliers dont les aventures emplissaient les ouvrages de la biblioth#232;que du ch#226;teau de Ranreuil. Cette id#233;e le ramena vers Gu#233;rande ; la douleur #233;tait toujours l#224; avec les visages de son tuteur, du marquis et d’Isabelle... Il lut la commission que Sartine lui avait remise. Cette lecture emplit Nicolas de fiert#233; et il se sentit investi d’une autorit#233; nouvelle. Il per#231;ut tout d’un coup ce qu’#233;tait le « service du roi » et sa grandeur. Assur#233; d’#234;tre le modeste instrument d’une #339;uvre qui le d#233;passait, il rejoignit le bureau de l’H#244;tel de police o#249; #233;taient centralis#233;s les rapports des commissaires et des rondes du guet. Il verrait Bourdeau plus tard et voulait se mettre sans attendre #224; son travail de recherche, comme Sartine le lui avait ordonn#233;. Nicolas #233;tait connu des commis ; il fut donc re#231;u sans questions intempestives. On lui communiqua les derniers rapports de nuit, et il se plongea dans la lecture r#233;p#233;titive des petits #233;v#233;nements qui #233;maillaient les nuits et les jours de la capitale, dans cette p#233;riode agit#233;e du carnaval. Rien n’attira son attention. Il se pencha avec plus d’int#233;r#234;t encore sur les copies des registres de la Basse-Ge#244;le[2] qui d#233;nombraient les trouvailles macabres rejet#233;es par la Seine, un filet tendu en aval de Paris permettait de retenir les corps flottants, d#233;rivant dans les eaux du fleuve. L#224;, non plus, la morne r#233;p#233;tition des mentions ne lui fournit aucun indice. Nicolas repoussa le registre et mesura l’ampleur de la t#226;che qu’on lui avait confi#233;e. Il retombait dans le doute. Se pouvait-il que M. de Sartine se f#251;t moque de lui ? Peut-#234;tre ne souhaitait-il pas qu’on retrouv#226;t Lardin ? Confier une telle enqu#234;te #224; un d#233;butant #233;tait peut-#234;tre une fa#231;on de l’enterrer. Il #233;carta ces mauvaises pens#233;es et d#233;cida de se rendre au Ch#226;telet, afin d’y visiter la Basse-Ge#244;le et de se concerter avec l’inspecteur Bourdeau. Les recherches de l’inspecteur avaient #233;t#233; tout aussi infructueuses que les siennes. Nicolas ne savait comment faire part #224; l’inspecteur des d#233;cisions de M. de Sartine. Il trouva plus simple de lui tendre, sans un mot, les ordres du lieutenant g#233;n#233;ral de police. Bourdeau, en ayant pris connaissance, releva la t#234;te et, consid#233;rant le jeune homme avec un bon sourire, dit seulement : — Cela s’appelle une nouvelle. J’ai toujours su que vous iriez vite et loin. Je suis heureux pour vous, monsieur. Il y avait du respect dans son ton et Nicolas, touch#233;, lui serra la main. — Cependant, reprit Bourdeau, vous n’#234;tes pas au bout de vos peines. Il ne faut pas sous-estimer la difficult#233;. Mais vous avez pleins pouvoirs et, si je puis vous aider, n’h#233;sitez pas #224; faire fond sur moi. — Pr#233;cis#233;ment, M. de Sartine m’a autoris#233; #224; disposer d’une aide. #192; vrai dire, j’ai sollicit#233; quelqu’un pour me seconder. J’ai propos#233; un nom. En fait, le v#244;tre. Mais je suis tr#232;s jeune et inexp#233;riment#233; et je comprendrais fort bien que vous me refusiez. Bourdeau #233;tait rose d’#233;motion. — N’ayez aucun scrupule. Nous sommes hors des r#232;gles. Je vous observe depuis que vous nous avez rejoints, et la valeur n’attend pas... Je suis flatt#233; que vous ayez pens#233; #224; moi et il me pla#238;t de travailler sous votre autorit#233;. Ils demeur#232;rent un moment silencieux, et ce fut Bourdeau qui continua : — Tout cela est fort bon, mais le temps presse. J’ai d#233;j#224; parl#233; au commissaire Camusot. Il n’a pas vu Lardin depuis trois semaines. M. le lieutenant g#233;n#233;ral vous en a-t-il parl#233; ? Nicolas se dit, #224; part lui, que M. de Sartine se faisait des illusions sur le secret des enqu#234;tes et ne r#233;pondit pas #224; la question de l’inspecteur. — Je voudrais visiter la morgue. Non que j’aie trouv#233; quelque chose dans les rapports, mais il faut ne rien n#233;gliger. Bourdeau tendit sa tabati#232;re ouverte #224; Nicolas qui, pour le coup, en usa largement. Il #233;tait dans les habitudes bien ancr#233;es du Ch#226;telet de respecter cette petite c#233;r#233;monie avant d’affronter les puanteurs de la Basse-Ge#244;le. Nicolas connaissait bien ce lieu sinistre pour y avoir accompagn#233; Lardin. C’#233;tait une cave hideuse, un r#233;duit inf#226;me, #233;clair#233; par une moiti#233; de fen#234;tre. Un grillage et une rampe s#233;paraient les corps en d#233;composition du public autoris#233; #224; les examiner. Pour #233;viter une trop rapide destruction des corps, du sel #233;tait jet#233;, #224; intervalles r#233;guliers, sur les plus d#233;compos#233;s. Ici #233;taient reconnus ou rejet#233;s dans l’anonymat — les cadavres rendus par la Seine ou d#233;couverts sur la voie publique. L’heure des visites n’avait pas encore sonn#233; et pourtant un homme #233;tait d#233;j#224; l#224;, dans un angle sombre du caveau. Il consid#233;rait avec attention les pauvres restes allong#233;s sur des dalles de pierre parmi lesquels Nicolas reconnut avec saisissement ceux qui avaient #233;t#233; d#233;crits dans les rapports. Mais il y avait une grande diff#233;rence entre la froideur des registres et la r#233;alit#233; sordide. Il n’avait pas pris garde #224; cette ombre silencieuse, et ce fut Bourdeau qui lui d#233;signa cette pr#233;sence insolite par un l#233;ger coup de coude et un clin d’#339;il. Nicolas se dirigea vers l’inconnu. — Monsieur, peut-on savoir ce que vous faites ici et qui vous a autoris#233; #224; entrer ? L’homme se retourna. Le front contre le grillage, perdu dans ses contemplations, il ne les avait pas entendus s’approcher. Nicolas eut un mouvement de surprise. — Mais c’est le docteur Semacgus ! — Oui, Nicolas, c’est bien moi. — Voici l’inspecteur Bourdeau. — Monsieur... Mais vous-m#234;me, Nicolas, quel mauvais vent vous conduit en ces lieux ? Toujours votre apprentissage ? — Mais oui, et vous ? — Vous connaissez Saint-Louis, mon domestique ? Il a disparu depuis vendredi et je suis fort inquiet. — Depuis vendredi... Docteur, l’endroit ne me para#238;t pas se pr#234;ter #224; la conversation. Regagnons les bureaux, voulez-vous ? Ils retrouv#232;rent l’antichambre des audiences dans laquelle Nicolas avait attendu sa premi#232;re entrevue avec Sartine. D#233;sormais, l’huissier le saluait poliment. Nicolas se revoyait avec attendrissement en petit Breton timide. Il s’en voulut de toujours c#233;der #224; la nostalgie du pass#233; : c’en #233;tait fait de beaucoup de choses de sa premi#232;re existence : il fallait qu’il se donn#226;t corps et #226;me #224; sa mission actuelle. Ils s’approch#232;rent d’un m#233;chant bureau qui servait aux policiers de permanence. Nicolas pria Semacgus d’attendre quelques instants et s’isola avec Bourdeau. — N’est-ce pas une curieuse co#239;ncidence ? fit-il. Vous ne connaissez pas le docteur et, par cons#233;quent, vous ne pouvez #234;tre aussi #233;tonn#233; que moi devant la conjonction de deux #233;v#233;nements si semblables. Il resta un moment r#234;veur, et reprit : — Guillaume Semacgus est un chirurgien de marine form#233; #224; l’#233;cole de Brest. Il a beaucoup navigu#233; sur les bateaux du roi, puis s’est embarqu#233; sur les navires de la Compagnie des Indes. Il est rest#233; plusieurs ann#233;es dans nos comptons d’Afrique, #224; Saint-Louis du S#233;n#233;gal. C’est un savant et un original, anatomiste r#233;put#233;. C’est aussi un ami de Lardin, je n’ai jamais compris pourquoi. C’est chez lui que je l’ai rencontr#233;... Une id#233;e lui traversa l’esprit, qu’il pr#233;f#233;ra garder pour lui. — Il est servi par deux esclaves n#232;gres qu’il traite fort bien. Saint-Louis lui sert de cocher et Awa, sa femme, de cuisini#232;re. Il vit en solitaire #224; Vaugirard. Une autre id#233;e germa dans son esprit, qu’il repoussa pareillement. — Allons recueillir officiellement sa d#233;position. Nicolas ouvrit la porte et invita Semacgus #224; entrer. En pleine lumi#232;re, l’homme apparaissait de haute stature, et de ceux qui ne passent pas inaper#231;us. Il #233;tait beaucoup plus grand que Nicolas, qui pourtant dominait son monde. Il portait un habit sombre #224; boutons de cuivre, de coupe militaire, une cravate #233;clatante de blancheur et des bottes souples, et s’appuyait sur une canne #224; pommeau d’argent aux sculptures exotiques. Le visage aux yeux bruns #233;tait massif et color#233;. Il #233;manait du personnage une autorit#233; tranquille. Il s’assit devant une petite table sur laquelle Bourdeau #233;talait ses papiers, apr#232;s avoir taill#233; sa plume. Nicolas demeura debout derri#232;re le docteur. — Ma#238;tre Semacgus, il vous plaira que nous recueillions votre d#233;position... — Nicolas, ne le prenez pas mal ; mais d’o#249; vous vient cette assurance et de quel droit... Ce fut l’inspecteur Bourdeau qui r#233;pondit : — M. Le Floch a re#231;u d#233;l#233;gation extraordinaire de M. de Sartine. — Soit, mais comprenez ma surprise. Nicolas ne releva pas. — Docteur, qu’avez-vous #224; d#233;clarer ? — Comme vous voulez... Vendredi soir, j’#233;tais invit#233; par un ami #224; un m#233;dianoche. C’est carnaval, n’est-ce pas. Je me suis fait conduire rue du Faubourg-Saint-Honor#233; par Saint-Louis, mon domestique, qui me sert #224; l’occasion de cocher pour un petit cabriolet que je poss#232;de. #192; trois heures du matin, je n’ai retrouv#233; ni mon cocher ni ma voiture. La plume grin#231;ait sur le papier. — Depuis trois jours, j’ai fait le tour des h#244;pitaux et, en d#233;sespoir de cause, je suis venu #224; la Basse-Ge#244;le, dans le cas o#249;... — Vous y #234;tes entr#233; en dehors des heures d’ouverture, observa Nicolas. Semacgus r#233;prima un mouvement d’agacement. — Vous savez bien que je me livre #224; des #233;tudes d’anatomie et Lardin m’a donn#233; un billet qui me permet d’entrer #224; tout moment pour examiner les corps d#233;pos#233;s #224; la morgue. Oui, Nicolas, tout d’un coup, s’en souvenait. — Pouvez-vous me dire qui #233;tait cet ami qui vous avait convi#233; vendredi soir ? demanda-t-il. — Le commissaire Lardin. Bourdeau ouvrit la bouche, mais un regard appuy#233; de Nicolas l’arr#234;ta. — #192; quel endroit, cette partie fine ? Le docteur sourit avec ironie et haussa les #233;paules. — Dans un endroit mal fam#233; que la police conna#238;t bien. Chez la Paulet, au — Vous y avez vos habitudes ? — Et quand cela serait ? Mais ce n’est pas le cas. J’#233;tais invit#233; par Lardin, ce qui m’a d’ailleurs surpris. Il m’#233;tait bien revenu qu’il #233;tait friand de ce genre de raout, mais il n’avait jamais souhait#233; que j’y participasse. — Vous y avez pris plaisir ? — Vous #234;tes bien jeune, Nicolas. La chair #233;tait fine et les filles #233;taient belles. #192; l’occasion, je ne boude pas ces sortes de plaisirs. — #192; quelle heure #234;tes-vous arriv#233; ? — Onze heures. — Et vous en #234;tes sorti ? — #192; trois heures, je vous l’ai d#233;j#224; dit. — Lardin est sorti avec vous ? — Il y avait longtemps qu’il avait d#233;camp#233;. Et pour cause, apr#232;s tout ce scandale. — Ce scandale ? — Vous savez, sourit le docteur, nous #233;tions masqu#233;s... Lardin avait beaucoup bu, des vins et du Champagne. Peu avant minuit, un homme est entr#233; dans la salle. Il a bouscul#233; Lardin, ou le contraire. Lardin lui a arrach#233; son masque. J’eus la surprise de reconna#238;tre Descart, Il est, vous le savez peut-#234;tre, mon voisin #224; Vaugirard. Je l’ai connu chez Lardin, Mme Lardin est sa cousine. C’est gr#226;ce #224; lui que j’ai trouv#233; une maison, #224; mon retour d’Afrique. Descart chez la Paulet ! Nous naviguions en pleine folie. Ils se sont empoign#233;s tout de suite. Lardin #233;tait hors de lui, il #233;cumait. Il a accus#233; Descart de vouloir lui prendre sa femme. Descart s’est retir#233; et Lardin est parti peu apr#232;s. — Seul ? — Oui. De mon c#244;t#233;, je suis mont#233;, avec une fille. Mais tout cela a-t-il vraiment #224; voir avec la disparition de Saint-Louis ? — Le nom de cette fille ? — La Satin. — Descart vous a-t-il reconnu ? — Non, il n’#233;tait pas minuit et j’avais donc encore mon masque. — #192; -t-il #233;t#233; reconnu ? — Je ne crois pas, il s’est remasqu#233; imm#233;diatement. Nicolas #233;prouvait quelque g#234;ne #224; retourner ainsi sur la sellette un homme pour lequel il avait toujours #233;prouv#233; des sentiments de sympathie qui r#233;pondaient tout naturellement #224; l’attention bienveillante que Semacgus n’avait cess#233; de lui porter. — Je dois vous pr#233;venir d’une autre disparition, dit-il. Le commissaire Lardin n’a pas #233;t#233; revu depuis vendredi soir. Vous #234;tes, apparemment, la derni#232;re personne #224; l’avoir vu. La r#233;ponse de Semacgus fut simple et surprenante. — Cela devait arriver. La plume de Bourdeau se remit #224; crisser de plus belle. — Que voulez-vous dire ? — Que Lardin, #224; force de m#233;priser le genre humain, devait s’attirer des ennuis. — C’est votre ami... — L’amiti#233; n’emp#234;che pas la lucidit#233;. — Puis-je me permettre de vous faire observer que vous parlez de lui comme s’il #233;tait mort... Semacgus regarda Nicolas avec commis#233;ration. — Je vois que le m#233;tier rentre, monsieur le policier. L’apprentissage est apparemment termin#233;. — Vous ne m’avez pas r#233;pondu. — C’est juste une intuition. Mon souci va beaucoup plus au sort de mon domestique, que vous semblez bien oublier. Saint-Louis est un esclave. Le propre des esclaves est de prendre la fuite. Les yeux bruns regard#232;rent Nicolas tristement. — Voil#224; des id#233;es bien convenues dans une jeune t#234;te, et qui ne vous ressemblent gu#232;re, Nicolas. D’ailleurs, Saint-Louis est libre ; je l’ai affranchi. Il n’a aucune raison de s’enfuir. D’autant plus que sa femme, Awa, est toujours #224; la maison. — Vous donnerez son signalement exact #224; M. Bourdeau. Nous allons le faire rechercher. — Je souhaite qu’on le retrouve, j’y suis fort attach#233;. — Encore une question. Lardin avait-il son sempiternel gourdin, vendredi soir ? — Je crois bien que non, r#233;pondit le docteur. Il regarda #224; nouveau Nicolas avec, cette fois, une lueur de curiosit#233; amus#233;e. — Ce sera tout, docteur, fit celui-ci. Voyez avec Bourdeau pour Saint-Louis. Quand Semacgus se fut retir#233;, les deux policiers rest#232;rent un long moment plong#233;s dans leurs r#233;flexions. Bourdeau tapotait le bureau du bout des doigts. — Pour un premier interrogatoire, personne n’aurait pu faire mieux, dit-il enfin. Nicolas ne releva pas cette remarque, qui pourtant lui fit plaisir. — Je retourne rue Neuve-Saint-Augustin, fit-il. M. de Sartine doit #234;tre imm#233;diatement avis#233; de tout cela. Bourdeau hocha la t#234;te n#233;gativement. — Pas de z#232;le, jeune homme, il est surtout l’heure d’aller d#233;jeuner ! Elle est m#234;me pass#233;e de beaucoup. D’ailleurs, le lieutenant g#233;n#233;ral n’est pas visible l’apr#232;s-midi. Je vous invite. Je connais un petit cabaret o#249; le vin est bon. Apr#232;s avoir long#233; la Grande Boucherie, dont les b#226;timents #233;taient situ#233;s #224; l’arri#232;re du Ch#226;telet, ils s’engag#232;rent dans la petite rue du Pied-de-B#339;uf. Nicolas avait fini par s’accoutumer aux habitudes et m#234;me aux odeurs du quartier. Les bouchers abattaient le b#233;tail dans leurs boutiques et le sang ruisselait au milieu des ruelles, o#249; il caillait sous les pieds des passants. Mais cela n’#233;tait rien #224; c#244;t#233; des exhalaisons qui sortaient des fonderies de suif animal. Bourdeau sautait d’orni#232;res en flaques, insensible #224; la puanteur. Nicolas, qui rentrait tout juste de sa Bretagne et avait encore sur sa peau le souffle des temp#234;tes, mit son mouchoir sur son visage, au grand amusement de son compagnon. Le tripot #233;tait accueillant. Il #233;tait fr#233;quent#233; par des commis d’#233;choppes et par des clercs de notaires. L’aubergiste #233;tait du m#234;me village que Bourdeau, pr#232;s de Chinon, il en vendait le vin. Ils s’attabl#232;rent devant une fricass#233;e de poulet, du pain, des fromages de ch#232;vre et un pichet de vin. En d#233;pit du caract#232;re peu rago#251;tant de la promenade, Nicolas fit honneur #224; l’ambigu[4] et s’y attaqua gaillardement. La conversation consista en plans de campagne : pr#233;venir M. de Sartine, mener des enqu#234;tes #224; Vaugirard et rue du Faubourg-Saint-Honor#233;, interroger Descart et la Paulet et poursuivre l’examen des rapports de police. Il #233;tait pr#232;s de cinq heures quand ils se s#233;par#232;rent. Nicolas ne trouva pas Sartine #224; son h#244;tel : il #233;tait #224; Versailles, appel#233; par le roi. L’id#233;e lui vint d’aller rendre visite au p#232;re Gr#233;goire, mais le couvent des Cannes #233;tait bien loin, la nuit tombait et il d#233;cida de rentrer sagement rue des Blancs-Manteaux. La maison #233;tait d#233;cid#233;ment fort agit#233;e en son absence. #192; peine y avait-il p#233;n#233;tr#233; qu’il entendit #224; nouveau deux personnes converser, cette fois dans le salon de Mme Lardin. — Il savait tout, Louise, disait une voix d’homme. — Je sais, il m’avait fait une sc#232;ne affreuse. Mais enfin, Henri, expliquez-moi, si vous le pouvez, la raison de votre pr#233;sence dans cette maison ? — C’#233;tait un pi#232;ge. Je ne peux rien vous dire... Vous n’avez pas entendu un bruit ? Ils se turent. Une main s’#233;tait plaqu#233;e sur la bouche de Nicolas, une autre le poussait dans l’obscurit#233; et l’entra#238;na dans l’office. Il ne voyait rien et n’entendait qu’une respiration haletante. On le l#226;cha. Il sentit un souffle et respira un parfum qui ne lui #233;tait pas #233;tranger, puis des pas s’#233;loign#232;rent et il se retrouva seul dans le noir, attentif et immobile. Peu apr#232;s, la porte d’entr#233;e se referma et il entendit Louise Lardin qui regagnait ses appartements au premier. Il attendit encore quelques instants et monta dans sa soupente. |
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