"La littérature sans estomac" - читать интересную книгу автора (Jourde Pierre)LE RAVI DE LA CRÈCHELe minimalisme, dans ses formes les plus pathologiques, peut aller jusqu'à la mystique. La pauvreté littéraire ne pouvait qu'être franciscaine: entrée, yeux pudiquement baissés et sandales de moine, de Christian Bobin. Philippe Muray, dans «La littérature à dormir debout» Chez Christian Bobin, les objets de comparaison ont toujours une grande qualité poétique, ce ne sont qu'étoiles, fleurs et orages. Les amants se donnent rendez-vous dans des phares abandonnés, les femmes portent toujours des robes blanches toutes simples, comme dans les feuilletons télévisés sentimentaux («ainsi vous ai-je vue avancer dans la poussière d'été, toute légère dans votre robe toute blanche»). Ce fétichisme de la petite robe blanche a ses obsessions et ses rituels. Comme chez Redonnet, la robe blanche doit nécessairement, à un moment donné, recevoir une tache symbolique: Elle est dans les cuisines. Un garçon lui tend une serviette humide. Elle ne remercie pas, ne voit que la main, prend la serviette, remonte un peu sa robe, oh très peu, pour mieux voir, deux taches, c'est malin. Elle frotte la robe, avec trop de force. Le rouge devient rosé. La tache s'élargit, le cœur s'agrandit, il prend toute la place, qu'est-ce qui se passe, elle lève la tête, enfin elle le voit. Immobiles tous les deux. Immobiles dans la passion à venir, déjà là. Tyrannie de l'amour. Tyrannie de l'amour, certes, cependant même les amants volages sont fidèles et polis, chez Christian Bobin. Lorsqu'ils ont envie d'aller voir ailleurs, ils ne disent jamais: «je m'ennuie, j'ai envie d'aller voir ailleurs», mais, plus noblement: Il y a des chemins en moi, des impatiences. Je dois les épuiser. Il y a des enfances en vous, d'autres visages dans votre visage. Laissez-les venir au jour, fleurir et se faner. Je ne vous demande pas de m'attendre. Il n'y a pas d'autre attente que de vivre. Chez le ravi, tout est beau, noble, pur, gentil. Méfions-nous toutefois des gens qui paraissent si dépourvus de méchanceté. Les simples ne font pas les simples, les vertueux ne font pas les purs. Gardons-nous des messieurs qui nous parlent des petits ânes d'un air pâmé. Certains individus en apparence inoffensifs s'avèrent plus dangereux que de franches ordures: ils parviendraient à vous faire haïr la bonté, la douceur, la sérénité, cependant si désirables, comme ces dames patronnesses au sourire figé sur une charité machinale. Christian Bobin est à la littérature ce que sont les paires d'individus en bleu marine qui sonnent à votre porte en vous demandant si vous voulez connaître la vérité. On sait qu'on ne se laissera pas embobiner. On connaît par cœur leur discours, on n'espère pas les sortir de leur inflexible hébétude. La seule chose à faire, c'est d'essayer de les éconduire gentiment. |
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